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Note de mai 2019

The Central Banks Bashing !

De nombreux articles de presse comme de nombreux commentateurs s’inquiĂštent de la perte de crĂ©dibilitĂ© des principales banques centrales occidentales sur une politique monĂ©taire, jugĂ©e trop accommodante et qui ne produirait pas les effets escomptĂ©s. Il est vrai que le Gouverneur de la banque du Japon ne peut que constater que des taux nĂ©gatifs pendant de si longs mois n’ont en rien permis d’assister Ă  un renforcement des prix finaux. Ces nombreuses critiques Ă©manent de diffĂ©rentes sources ou de personnes, pourtant si compĂ©tentes, mais qui ne poussent pas le raisonnement assez loin selon nous. A savoir que ces politiques monĂ©taires accommodantes, ne peuvent produire en partie leurs effets que si elles sont accompagnĂ©es de bonnes dĂ©cisions Ă©manant des politiques.

Des taux aussi bas devraient ĂȘtre mis Ă  profit pour favoriser l’investissement de moyen terme, prĂ©parer la croissance de demain au travers d’incitations fiscales ciblĂ©es. MĂȘme si l’investissement est en hausse, il a le dĂ©faut parfois, d’ĂȘtre un investissement de court terme qui ne prĂ©pare en rien les dĂ©fis du monde de demain ou, la rĂ©industrialisation de certains pays qui ont dĂ©laissĂ© leur industrie manufacturiĂšre.

Nous avons mĂȘme entendu certains prĂŽner que la BCE devait devenir un « HĂ©licoptĂšre Money » en distribuant ses surplus directement aux mĂ©nages. Belle idĂ©e qui, certes, doperait la consommation Ă  court terme et donc le PIB des trimestres Ă  venir, mais qui n’assurerait en rien le maintien d’une croissance durable. Sans omettre le fait qu’Ă  l’exemple de la France, tout surplus de consommation agit Ă  hauteur de 70% sur nos importations, faute de produits Made in France.

Nos banquiers centraux sont-ils donc trop généreux ?

Leur obsession de retour Ă  une inflation normĂ©e autour de 2% justifie-t-elle ces politiques ? Non seulement, une inflation positive prĂ©sente le bĂ©nĂ©fice de rĂ©duire petit Ă  petit le surendettement des Etats, mais elle confirmerait la sortie rĂ©elle de la crise nĂ©e de 2008, permettant une durable et rĂ©elle hausse des salaires gĂ©nĂ©ralisĂ©e et le retour du Pricing Power des entreprises. Ce n’est malheureusement pas le cas Ă  ce jour.

Nous avons maintes fois Ă©voquĂ© le fait que la croissance de demain Ă©tait disruptive en raison de nombreux facteurs et que, selon nous, elle s’inscrirait inĂ©vitablement proche de la croissance potentielle et pas plus. Un exemple est donnĂ© par les gains de productivitĂ© oĂč les nouvelles technologies, difficilement quantifiables en la matiĂšre, faussent les mĂ©thodes de calcul de cette productivitĂ©. Mais surtout, cette absence d’inflation, en dehors de quelques poussĂ©es Ă©pisodiques, n’obĂšre en rien le risque majeur d’un retour de la dĂ©flation, mĂšre de tous les dangers.

Alors si le changement de ton de la RĂ©serve FĂ©dĂ©rale en dĂ©but d’annĂ©e en a surpris plus d’un, ouvrant la porte autant Ă  un potentiel resserrement qu’à une baisse lĂ©gĂšre de son taux d’intervention, plutĂŽt que de critiquer ce changement, il faut une fois de plus saluer nos banquiers centraux. De la mĂȘme façon qu’ils ont Ă©vitĂ© le scĂ©nario du pire en 2008, ils ont optĂ© Ă  prĂ©sent pour le « fine tuning » plus que par des actes ou des dĂ©clarations pĂ©remptoires.

Les investisseurs professionnels ne se satisfont pas de cette sorte de brouillard qui obscurcit le court terme mais « n’est-il pas de leur devoir de se projeter dans le moyen terme ? », comme ils aiment Ă  le rĂ©pĂ©ter Ă  leurs souscripteurs. Avec un peu de patience, l’épuisement inĂ©vitable et dĂ©jĂ  entamĂ©e des matiĂšres premiĂšres impactera les prix de production et crĂ©era l’inflation. Nous regretterons probablement alors cette Ă©poque !

Contexte actuel (13/05/2019) : Quelques bonnes surprises 
 

Le mois d’avril fut agrĂ©mentĂ© de quelques bonnes surprises. D’une part, la publication du PIB amĂ©ricain pour le premier trimestre, qui a dĂ©passĂ© l’ensemble des consensus des rĂ©visionnistes, dont nous-mĂȘme, avec une croissance de 3,2% bien supĂ©rieure aux 2,2/ 2,4% attendus. Cette croissance s’est appuyĂ©e principalement sur une reconstitution des stocks et une hausse des exportations alors que les importations chutaient sensiblement. Il est surprenant d’avoir une telle croissance avec un recul notable des importations. Sauf Ă  imaginer que les acteurs Ă©conomiques avaient largement importĂ© au prĂ©alable afin de se prĂ©munir d’éventuelles taxes douaniĂšres additionnelles dĂ©cidĂ©es par l’administration Trump ! La seconde surprise s’est concentrĂ©e dans la publication des rĂ©sultats des entreprises oĂč les chiffres d’affaires comme les bĂ©nĂ©fices ont dĂ©passĂ© les attentes. LĂ  aussi, n’oublions pas que les analystes avaient fortement rĂ©visĂ© en baisse leurs attentes avant ces publications. Nous pouvons mĂȘme dĂ©jĂ  anticiper que des rĂ©visions haussiĂšres seront probables dans les mois Ă  venir si la stratĂ©gie de guerre commerciale initiĂ©e par Trump s’estompe.

Pour la zone euro, saluons tout de mĂȘme un PIB, lĂ  aussi, supĂ©rieur aux attentes avec l’Italie qui sort de deux trimestres rĂ©cessifs et une Espagne en tĂȘte de peloton. C’est donc une rĂ©elle stabilisation de la croissance Ă  laquelle nous assistons en Zone Euro et nombreux sont ceux qui anticipent une accĂ©lĂ©ration inĂ©vitable au cours du second semestre. Selon nous, celle-ci reste encore trĂšs conditionnelle et n’est en rien une certitude Ă  ce stade. Certes, la consommation devrait ĂȘtre un facteur de soutien comme en France ou en Allemagne (hausse des salaires, amĂ©lioration du marchĂ© du travail
) mais mĂȘme une reprise des Ă©changes mondiaux avec une Chine toujours conquĂ©rante n’implique pas que nos offres de produits correspondent Ă  la demande prĂ©sente de nos partenaires. Retard d’adaptation ?

La Chine semble, une fois de plus, rĂ©ussir son plan de relance, accentuer son dĂ©sendettement, et accepter une certaine ouverture de ses marchĂ©s. Mais, elle restera conquĂ©rante et nous imaginons mal un respect total de la propriĂ©tĂ© industrielle de sa part, qui freinerait son dĂ©veloppement lui permettant de rivaliser avec l’oncle Sam.

Contexte actuel (08/04/2019) : 
 en avril !

Quelques concessions Ă©taient donc Ă  faire dans cette partie de poker avec les amĂ©ricains dans laquelle le PrĂ©sident Trump ne peut pas lui-mĂȘme prendre le risque d’un ralentissement Ă©conomique Ă  1 an de sa potentielle réélection. Mais Ă  ce jour, le premier round des nĂ©gociations a Ă©chouĂ©, et les mesures douaniĂšres ont Ă©tĂ© mise en place.

Nos banquiers centraux restent complaisants, faute de rĂ©elle reprise inflationniste, et ont optĂ© pour un Ă©ventail d’options selon l’évolution future des prix et de la croissance. Les marchĂ©s devront s’adapter Ă  ce manque de lisibilitĂ© de court terme. Ceci a au moins le mĂ©rite de permettre Ă  quelques banques centrales Ă©mergentes d’opter pour des politiques monĂ©taires plus accommodantes, bĂ©nĂ©ficiant elles aussi d’une inflation mesurĂ©e.

La lecture des indicateurs PMI montrent encore ce mois-ci que ce sont les services qui restent en croissance, alors que les PMI Manufacturiers s’inscrivent soit proche du niveau des 50 soit en-dessous. Il apparaĂźt donc nĂ©cessaire d’assister Ă  un rebond de ces indicateurs liĂ©s Ă  l’industrie, comme ceux pour les carnets de commande, ce qui sera le signe rĂ©el d’une accĂ©lĂ©ration de l’activitĂ©.

Il nous apparaĂźt Ă©vident que les Etats-Unis ne pourront Ă©viter un ralentissement au cours du trimestre prochain, le stimulus fiscal s’estompant au fur et Ă  mesure. Ce sera donc peut ĂȘtre une fois de plus les entreprises qui nous apporteront pour la plupart de bonnes surprises, facteur de soutien des marchĂ©s actions en sus de l’aide de nos banquiers centraux.

Contexte actuel (13/05/2019) : A propos des négociations sino-américaines

Alors que les messages des derniĂšres semaines Ă©manant des Etats-Unis attestaient de rĂ©els progrĂšs dans les nĂ©gociations commerciales, le PrĂ©sident Trump avançait un nouvel ultimatum Ă  quelques jours de la conclusion espĂ©rĂ©e de ces rencontres. Coup de bluff du dernier moment ou menace sĂ©rieuse ? Si nous sommes convaincus que les deux parties chercheront un consensus sur un rééquilibrage des Ă©changes de biens en faveur des exportations amĂ©ricaines et qu’une nouvelle taxation sur 250 milliards de produits importĂ©s de Chine lĂ©serait avant tout certaines entreprises amĂ©ricaines, comme les consommateurs qui devront payer cette addition, (cf. les derniers rĂ©sultats de Harley Davidson avec la hausse des taxes imposĂ©es par l’Europe), il existe un risque d’échec qui rĂ©sulterait de l’absence d’accord sur la propriĂ©tĂ© industrielle.

Cette notion de propriĂ©tĂ© industrielle, immatĂ©rielle, ne correspond absolument pas Ă  la sociologie chinoise et n’a donc pas de valeur quantifiable Ă  leurs yeux.

Il est donc fort probable que ce sujet exacerbera des tensions entre les deux parties.

Mais Ă  1 an des Ă©lections, ne nous trompons pas, c’est bien les Etats-Unis et le PrĂ©sident Trump qui ont le plus Ă  perdre avec le risque de freiner notablement la « rĂ©ussite » Ă©conomique.

En tout cas, ce feuilleton risque de perdurer au cours des annĂ©es Ă  venir car plus qu’une simple guerre commerciale, c’est bien l’aspect gĂ©opolitique qui prĂ©domine avec le lent dĂ©clin de l’hĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine. L’Europe est, elle, dĂ©jĂ  quasi inexistante sur cette partie de jeu d’échec mondial.

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