Edito : Mais sur quel pied voulez-vous danser ?
La consolidation escomptĂ©e des marchĂ©s actions nâest pas aussi brutale, mĂȘme si les indices europĂ©ens oscillent sur un support qui pourrait laisser apparaĂźtre graphiquement un autre potentiel baissier. Pas de panique donc dans un contexte Ă©conomique offrant toujours une faible visibilitĂ©, si ce nâest que les indices boursiers sont soutenus par la trĂšs faible exposition des investisseurs, et surtout par la certitude que les banquiers centraux restent lâarme au pied autant que nĂ©cessaire.
Face Ă des flux sortants rĂ©guliers des marchĂ©s actions au bĂ©nĂ©fice des marchĂ©s de taux, lâaccĂ©lĂ©ration des programmes de rachats dâactions de la part des entreprises, aux U.S.A, reste un facteur de soutien indĂ©niable. Certes, les indicateurs dâactivitĂ©s liĂ©s aux services se maintiennent sur des niveaux supĂ©rieurs Ă 50 Ă contrario des indices sur le secteur manufacturier. Les indices de confiance des mĂ©nages sont positifs, mĂȘme si cela ne se traduit pas systĂ©matiquement dans une hausse significative de la consommation, mais sont probablement soutenus par un marchĂ© de lâemploi encore dynamique.
Difficile de choisir un tempo idĂ©al entre suivre la cadence ou la derniĂšre danse. AttachĂ© Ă obtenir un second mandat et Ă endiguer la montĂ©e de son rival chinois, M. Trump poursuit sa guerre commerciale laissant de temps en temps des notes dâespoirs suivies inexorablement dâajouts de nouvelles taxes. Cette guerre dâusure durera longtemps, non pas jusquâaux Ă©lections de 2020 mais tant que les Etats-Unis nâaccepteront pas le partage gĂ©opolitique et technologique du monde avec la Chine le pire Ă©tant bien entendu des mesures de rĂ©torsion Ă©manant de lâempire du Milieu sur les terres rares ou sur la dette amĂ©ricaine. Nâomettons jamais la notion du temps propre Ă la culture chinoise, si Ă©loignĂ©e des impĂ©ratifs occidentaux.
Quoi quâil en soit, cette bataille Ă©conomique se traduit dans la faiblesse rĂ©elle des Ă©changes mondiaux et oblige une nouvelle rĂ©vision en baisse de la croissance mondiale.
Il nây a pas, pour autant, pĂ©ril en la demeure. Lâabsence dâinflation, lâargent gratuit permettant aux entreprises dâacquĂ©rir des concurrents pour trouver de la croissance, restent des facteurs de soutien qui estompent ce manque de lisibilitĂ©. Ce manque rend difficile lâorientation des politiques monĂ©taires et la clartĂ© des dĂ©cisions de nos banquiers centraux.
Nous sommes vraiment entrĂ©s depuis quelques annĂ©es dans un monde Ă©conomique atypique oĂč lâabsence dâinflation fait perdurer la suprĂ©matie des marchĂ©s de taux. EspĂ©rons que cette musique durera assez longtemps pour les maintenir durablement bas car la hausse de lâendettement qui ne se traduit en rien en une hausse des taux de dĂ©faut serait alors la fin du bal.
Le contexte gĂ©nĂ©ral nâincite en rien Ă une surexposition des allocations en actions, entre guerre commerciale, risque de Brexit dur, cacophonie italienne, industrie allemande en panne de commandes, et marchĂ©s Ă©mergents touchĂ©s par la faiblesse de la demande mondiale, mais ne pas ĂȘtre investi est un non-choix face Ă la faiblesse des rendements sans risque.
La valorisation des marchĂ©s est en partie trompeuse face Ă des cours Ă©levĂ©s des valeurs dĂ©fensives et parfois anormale avec la faible valorisation de certaines valeurs « value » ou cycliques. Mais ceci est bien la traduction de lâincertitude ambiante et de lâinvestissement « court termiste » des rares acteurs, faute dâoser prendre une direction affirmĂ©e.
Contexte actuel (10/06/2019) : Tension sur tous les marchĂ©s financiers⊠Â
Forte correction des marchĂ©s actions sur le mois de mai, qui potentiellement Ă©tait attendue mais surement pas sur les sujets qui lâont permise. Lâampleur est de lâordre de 6,7% pour la plupart des marchĂ©s qui avaient atteint, fin avril 2019, soit les hauts niveaux dâavril 2018 (pour les marchĂ©s europĂ©ens) soit dĂ©passĂ© largement ces niveaux dâil y a plus dâun an pour les marchĂ©s amĂ©ricains. Cela nâempĂȘche pas les marchĂ©s actions dâafficher nĂ©anmoins de belles hausses depuis le dĂ©but de lâannĂ©e pour le CAC (10,06%), EUROSTOXX50 (9,3%), DOW JONES (6,38%) et S&P des hausses « YTD » (9,72%).
Les marchĂ©s obligataires en profitent pour continuer leur descente, avec un 10ans Allemand qui est passĂ© de +0,13% fin avril Ă -0,203% fin mai ! Il en va de mĂȘme pour lâobligation 10ans française qui baisse sur la mĂȘme pĂ©riode de 0,37% Ă 0,211%, ainsi que pour le 10ans US qui baisse de 2,504% Ă 2,133%. A noter que le 10ans US a vu son plus haut Ă 3,237 le 7 novembre 2018 et atteint un bas Ă 2,053% le 6 juin 2019, niveau Ă©quivalent aux bas de dĂ©but septembre 2017. Les taux dâĂ©tats sont pour la plupart des pays dĂ©veloppĂ©s (hors Italie Ă +2,49%) au plus bas de lâannĂ©e.
Pour continuer avec les taux, la Banque Centrale EuropĂ©enne (BCE) par lâintermĂ©diaire de son gouverneur Mr Draghi, a annoncĂ© 3 points dâajustement de sa politique monĂ©taire. Cette annonce permet la stabilitĂ© des taux directeurs au moins jusquâĂ fin juin 2020, ainsi que la liquiditĂ© banque centrale des APP et incitant Ă la croissance des encours de crĂ©dit Ă lâĂ©conomie (TLTRO3). Il a prĂ©cisĂ© Ă©galement que le Conseil serait prĂȘt Ă agir si les dĂ©veloppements Ă©conomiques dĂ©cevaient, indiquant ainsi que baisse des taux et QE ne sont pas Ă exclure. De son cĂŽtĂ©, le prĂ©sident de la Banque Central US (FED), Mr J. Powell, avait annoncĂ© auparavant Ă©valuer les impacts sur les perspectives Ă©conomiques des tensions commerciales et lâopportunitĂ© dâune baisse des taux. NĂ©anmoins, le souci de la faible inflation reste une des principales prĂ©occupations pour la plupart des banquiers centraux. Le marchĂ© anticipe maintenant deux baisses des taux US cette annĂ©e.
Contexte actuel (10/06/2019) : ⊠dans un contexte de guerre commerciale.
Le prĂ©sident amĂ©ricain reste un vecteur de stress pour les marchĂ©s financiers, avec sa politique commerciale qui nâavance pas avec la Chine, sâenvenime avec le Mexique, et incite le Royaume-Uni Ă se dĂ©solidariser de lâEurope aprĂšs le Brexit. Certaines statistiques Ă©conomiques US montrent des contractions ou faiblesses. Aussi, les craintes des investisseurs se portent sur leurs probables impacts sur la croissance amĂ©ricaine.
Les tensions commerciales ont initialement pesĂ© sur les marchĂ©s, mais les fondamentaux restent nĂ©anmoins bien orientĂ©s sur les marchĂ©s occidentaux Ă lâinstar de la consommation amĂ©ricaine. Les prix du pĂ©trole rebaissent. Les marchĂ©s Ă©mergents souffrent nĂ©anmoins plus, de par leur dĂ©pendance au commerce international. A surveiller, les indicateurs sur la croissance mondiale. Les graphiques ci-aprĂšs illustrent bien ces thĂšmes :

Du cotĂ© des bonnes nouvelles, la situation de lâemploi continue de sâamĂ©liorer en Europe, et lâindice PMI pour la zone euro est en lĂ©gĂšre hausse Ă 51,8 en mai alors quâil est en baisse aux US Ă 50,9 contre 53 le mois prĂ©cĂ©dent. Les chiffres de dĂ©pense liĂ© Ă la consommation des mĂ©nages US restent forts (+4,3% en rythme annuel Ă fin mai), et devraient ĂȘtre favorisĂ©s aussi par la baisse des prix du pĂ©trole.
Que penser du contexte actuel ? Des taux trop bas…
Encore une fois, les banquiers centraux viennent Ă la rescousse des politiques et des politiciens. Les taux qui, il y a encore 6 mois Ă©taient en pleine phase ascensionnelle se retrouvent Ă prĂ©sent dans une forte tendance baissiĂšre pour les US ou Ă©tale pour lâEurope. Heureusement que nos banquiers centraux se doivent dâĂȘtre rĂ©actifs face aux probables consĂ©quences des tweets des uns et des fiertĂ©s des autres ! Nous parlions de leur complaisance pas plus tard que le mois dernier, fort est de constater quâelle a jouĂ© Ă plein.
Comme nous venons de le mentionner prĂ©cĂ©demment, le marchĂ© sâattend maintenant Ă deux baisses de taux aux US, pour essayer dâenrayer des craintes de rĂ©cession aux US. Certains courtiers font Ă©tat dâanticipation de rĂ©cession dĂšs la mi 2020. Ce qui est frappant, câest quâen dĂ©but novembre, alors que le marchĂ© commence Ă paniquer, les taux US sont au plus haut Ă 3,237% pour le T BOND le 7/11/2018, et six mois aprĂšs, pour presque les mĂȘmes raisons de panique liĂ©es Ă la guerre commerciale, le mĂȘme indice se retrouve Ă 2,053% le 6/06/2019. Seul constat, pour les investisseurs, câest quâentre temps, les marchĂ©s actions ont profitĂ© de ce contraste, en baissant dans un premier temps sur des taux forts, et en montant ensuite sur la baisse des rendements.
En effet, comment rĂ©sister Ă investir sur des marchĂ©s actions, quand les taux rĂ©els (taux dâĂ©tats corrigĂ©s de lâinflation) sont nuls aux USA et largement nĂ©gatifs en Europe. Certes, ce nâest pas une nouveautĂ©, cela fait un bout de temps que cette tendance dure. Mais lâinflation nâĂ©tant pas revenu pendant la pĂ©riode de croissance, ce nâest pas avec les perspectives actuelles de croissance mondiale en baisse quâelle reviendra, et donc lâĂ©quation actuelle de taux nul/nĂ©gatifs, risque donc de perdurer. Cela peut ĂȘtre profitable Ă court terme pour les marchĂ©s actions, mais nous ne pensons pas que cela le sera sur le long terme si la situation des taux se maintien en lâĂ©tat. Aussi, pour faire allusion Ă notre rĂ©cent post sur Linkedin liĂ© au dĂ©bat soulevĂ© par Nicolas Doze qui sâinterrogeait sur le fait que paradoxalement, nous nous enrichissions en empruntant et non plus en plaçant, nous pensons, comme eux, que cette situation risque dâavoir des effets nĂ©gatifs Ă terme plus importants quâescomptĂ©s.
Que penser du contexte actuel ? ⊠pourraient néanmoins engendrer une situation moins favorable.
Le problĂšme de la situation actuelle, câest quâelle ne fait que trop perdurer, et quâon en revient toujours au mĂȘme, câest-Ă -dire Ă ce que les banquiers centraux baissent leurs taux pour inciter la prise de risque. Autant cela a fonctionnĂ© avant lâarrivĂ©e de Trump, et a mĂȘme Ă©tĂ© amplifiĂ© par les mesures prises, mais nous voilĂ maintenant passĂ© trĂšs/trop rapidement dâune situation de surchauffe, avec hausse de taux Ă lâappui, Ă une situation dâanticipation de rĂ©cession avec baisse des taux. Le risque des taux bas actuels, est quâon ne retourne vers une situation que nous avons su Ă©viter prĂ©cĂ©demment alors, qui est la dĂ©flation. Et alors, tout le rĂȘve amĂ©ricain qui pour le moment se passe bien, pourrait se transformer en cauchemar mondial, juste Ă cause de tweets, de fiertĂ© et de dĂ©sir de se faire réélire. Nous ne disons pas que seul Trump est en cause, les chinois ont aussi leur part de responsabilitĂ© dans leur dĂ©sir de dominer le monde Ă©galement et surtout dans leur façon de faire du commerce, mais il est impĂ©ratif que nous ayons de bonnes nouvelles lors du prochain G20 sinon, nous passerons un mauvais Ă©tĂ©. Pour le moment, la rĂ©action et la rĂ©activitĂ© des banquiers centraux ont permis dâĂ©viter le pire, mais il ne faudrait pas que les deux dirigeants amĂ©ricain et chinois continuent de faire monter les enchĂšres.
Nous ne voulons pas apparaĂźtre complĂštement dĂ©faitiste, mais ne souhaitons pas non plus nĂ©gliger certains aspects de la macroĂ©conomie et de la politique. Les fondamentaux restent certes bons dans la plupart des pays occidentaux, mais les indicateurs sont plutĂŽt orientĂ©s Ă la baisse Ă prĂ©sent, laissant augurer que la situation pourrait rapidement dĂ©gĂ©nĂ©rer. Nous ne devons pas oublier que les marchĂ©s anticipent souvent les Ă©vĂšnements et changements, aussi, câest une raison pour laquelle, nous avons profitĂ© de la hausse du dĂ©but dâannĂ©e pour allĂ©ger lâexposition en actions, et la maintenir bien rĂ©partie entre le monde et lâEurope. Comme cela est dit dans notre Ă©dito, nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas ĂȘtre investi en actifs risquĂ©s (actions), en regard de la faiblesse dâexposition aux actions des investisseurs, de lâargent pas cher et de la recherche de rendement de dividendes. Seul le risque engendre du rendement Ă prĂ©sent, mais face aux incertitudes grandissantes, et aux risques liĂ©s Ă la politique, nous pensons que nous ne devons pas non plus ĂȘtre trop exposĂ© aux risques. Aussi, la neutralitĂ© actuelle des expositions de nos allocations en est un bon reflet.
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