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Note de juin 2018

Contexte actuel (03/06/2018) :  Risque de guerre commerciale, extrĂȘmes en Italie, dollar 


L’accalmie fut de courte durĂ©e. Non pas que l’économie ait subi le moindre contrecoup, mais la politique a fait son retour, et avec elle les craintes exacerbĂ©es des investisseurs. L’Italie avec ses partis extrĂȘmes, plutĂŽt hostiles Ă  l’Europe et qui font tout pour pouvoir gouverner, ainsi que Trump qui remet la guerre commerciale au goĂ»t du jour en se positionnant « seul contre six » lors du prochain G7 de cette semaine, pour ne pas paraphraser notre ministre des finances.

Commençons par l’Italie, qui a rĂ©veillĂ© la volatilitĂ© ces derniĂšres semaines, et accentuĂ© le stress des intervenants de marchĂ©s, suite aux tensions lors de la premiĂšre tentative de formation de gouvernement. Ce qui a Ă©tĂ© Ă©tonnant, un peu Ă  l’instar du mouvement de panique de fin janvier liĂ© Ă  un petit regain d’inflation, c’est que tout le monde savait que les deux factions arrivĂ©es en tĂȘte des Ă©lections italiennes n’étaient pas pro-europĂ©ennes, et donc que la probabilitĂ© pour qu’il y ait des ministres anti-euro au gouvernement proposĂ© Ă©tait forte. Mais entre l’anticipation, et la rĂ©alitĂ©, force est donc de constater qu’il y a une grande diffĂ©rence, et cette diffĂ©rence peut ĂȘtre Ă  la source de fortes dĂ©gradations des marchĂ©s. Aussi, les mouvements sur la dette italienne furent impressionnants, ramenant l’écart entre le 10 ans Italien et le 10 ans Allemand Ă  plus de 300 points, aussi bien par la hausse du taux 10 ans Italien, temporairement au-delĂ  des 3%, que par les stratĂ©gies de repli des investisseurs vers le taux 10 ans Allemand, qui est tombĂ© en sĂ©ance sous les 0,20%. Les marchĂ©s actions ont naturellement suivi, entrainant la plupart des indices actions internationaux vers le bas. Fort heureusement, comme dans la plupart des cas que nous avons rĂ©cemment vĂ©cus, et que nous serons sĂ»rement amenĂ©s Ă  revoir, les institutions ont bien fonctionnĂ© (Le PrĂ©sident italien a pu rejeter la premiĂšre Ă©bauche du gouvernement comportant un ministre de l’économie fonciĂšrement anti-Euro), et la raison des investisseurs aprĂšs un premier mouvement de panique est revenue, permettant de limiter « la casse ». En effet, pour notre part il Ă©tait impossible, ni raisonnable d’envisager, ne serait-ce qu’un instant, un scĂ©nario Ă  la grecque ou Ă  l’anglaise pour l’Italie.

Contexte actuel (03/06/2018) :  … PĂ©trole cher, veut-on casser la machine de la croissance ?

Il n’y a plus grand-chose d’autre Ă  ajouter sur l’Italie. Nous avons lu ces derniers jours des pages et des pages de commentaires, dans lesquelles la plupart des Ă©conomistes s’entendent sur le fait que les donnĂ©es Ă©conomiques du pays sont bonnes, que la sortie du pays de la zone euro n’est pas un sujet, mais que cela va maintenir une pression sur l’Europe Ă  court/moyen terme. Le calme est revenu, un nouveau ministre de l’économie a Ă©tĂ© nommĂ©, Ă  la place de l’eurosceptique Paolo Savona, qui deviendra ministre des politiques europĂ©ennes.

Un autre vecteur de stress revient agiter les marchĂ©s. Il faisait initialement parti des trois principales craintes de ce dĂ©but d’annĂ©e, Ă  savoir le risque d’une guerre commerciale. Nous commencions Ă  nous habituer Ă  Trump et Ă  ses façons peu cavaliĂšres de nĂ©gocier, d’autant plus exacerbĂ©es par l’enjeu des Ă©lections de mi-mandat. Mais la perspective d’une potentielle guerre commerciale entre La Chine et l’Europe d’un cotĂ© contre les USA a rĂ©cemment ressurgie, non seulement Ă  cause de la rupture des accords sur le nuclĂ©aire iranien par les USA (qui va donc entrainer des mesures rĂ©torsives de la part des US pour toute sociĂ©tĂ© « alliĂ©e » travaillant ou voulant travailler avec l’Iran), mais aussi avec la menace d’imposer de nouvelles taxes Ă  la Chine pour 50 milliards de dollars, ainsi qu’avec l’extension de taxes imposĂ©es par les USA Ă  ses alliĂ©s europĂ©ens et canadiens entres autres. Tout avait pourtant bien commencĂ© avec un accord signĂ© le 20 mai entre la Chine et les États-Unis.

Le pĂ©trole revient sur le devant de la scĂšne avec de nouveaux hauts atteints le 22 mai, le baril de WTI dĂ©passant les 72 USD, niveau reprĂ©sentant une hausse de plus de 50% en dollar (et 40% en euro) en un an, consĂ©quence d’une forte demande, et des rĂ©cents Ă©vĂšnements liĂ©s Ă  l’Iran. D’aprĂšs RF Research, la facture mondiale pĂ©troliĂšre a franchi sa moyenne de long terme de 3,5% du PIB. Elle a rebondi d’un peu plus de 2,5%, mi-2017, Ă  quelques 4% actuellement. Elle atteindrait 4,5% du PIB mondial si les cours flirtaient avec les 90 $ le baril..

Que penser du contexte actuel ? Profiter de l’instant prĂ©sent et du retour


Avec un fort rebond des marchĂ©s actions, principalement europĂ©ens, que nous attendions, le mois d’avril a permis de confirmer que les mouvements erratiques qui se sont produits entre la fin janvier et la fin mars, Ă©taient comme nous le pensions liĂ©s Ă  une phase d’ajustement des marchĂ©s plutĂŽt qu’à un rĂ©el retournement de tendance. Faut-il pour autant, maintenant que les principaux indices actions europĂ©ens sont revenus dans le vert en sortir ? Nous ne le pensons pas, pour de multiples raisons que nous vous avons largement dĂ©crites durant ces premiers mois de 2018, et dans lesquelles nous continuons de croire. Tout d’abords, nous continuons de penser que l’économie en gĂ©nĂ©ral va mieux, et se porte bien dans la plupart des continents, et qu’il n’y a pas de raisons, malgrĂ© certaines tentatives protectionnistes, que des nuages s’annoncent. Ensuite, malgrĂ© les rĂ©centes hausses, les taux restent relativement bas, et devraient donc permettre aux actifs risquĂ©s de continuer d’attirer des investisseurs, d’autant plus que les publications de la plupart des entreprises cotĂ©es continuent de s’amĂ©liorer. Cela continue selon notre avis de maintenir les marchĂ©s actions attractifs, mĂȘme si nous restons largement favorables aux marchĂ©s europĂ©ens Ă  ce jour. Nous pensons que les marchĂ©s amĂ©ricains restent chers, mais offrent cependant toujours un potentiel d’apprĂ©ciation, ne serait-ce qu’en regard de la consolidation qu’ils viennent de subir et surtout des perspectives de croissance des bĂ©nĂ©fices des entreprises qui les composent.

Nous pensons que les bons fondamentaux macroĂ©conomiques, ainsi que les bons rĂ©sultats des entreprises vont continuer Ă  prendre le dessus sur les diffĂ©rentes craintes qui hantent certains investisseurs, et qui ne sont pas tout Ă  fait dissipĂ©es. En effet, comme nous l’avons mentionnĂ© ci-avant, les risques d’inflation, et les dangers liĂ©s aux conflits commerciaux subsistent, et peuvent altĂ©rer la bonne marche du monde actuelle. Nous ne le pensons pas, du moins pas Ă  prĂ©sent, et pensons plutĂŽt que les bons fondamentaux devraient l’emporter sur ces craintes.

Contexte actuel (03/06/2018) :  … PĂ©trole cher, veut-on casser la machine de la croissance ?

Pour beaucoup d’économistes, les prix des matiĂšres premiĂšres, tirĂ©es par la croissance et la hausse des prix du pĂ©trole pourraient s’ils perduraient, entrainer une accĂ©lĂ©ration de l’inflation, et potentiellement mettre un coup de frein sur la croissance. Cela pourrait rĂ©veiller les craintes, qui s’étaient rĂ©cemment calmĂ©es d’une quatriĂšme hausse des taux US cette annĂ©e, qui pourrait elle-mĂȘme se rĂ©percutĂ©e sur les taux europĂ©ens. Par ailleurs, la hausse du dollar accompagnĂ©e de la hausse du prix du pĂ©trole a eu un impact sur la dynamique des marchĂ©s Ă©mergents, qui rappelons-le, contribuent de façon importante Ă  la croissance mondiale.

Ces « incidents » politiques ont Ă©tĂ© vecteurs d’un regain de volatilitĂ© sur la plupart des marchĂ©s financiers, alors que globalement, les fondamentaux macroĂ©conomiques restent plutĂŽt favorables. La croissance mondiale est soutenue, de mĂȘme que la croissance amĂ©ricaine se prolonge. Certes, la croissance europĂ©enne a subi quelques contrecoups dus au risque protectionniste international en ce dĂ©but d’annĂ©e, mais pour la BCE, les perspectives de croissance en zone euro restent intactes. Par ailleurs, l’inflation demeure faible en zone euro, ce qui devrait permettre Ă  la BCE de rester prudente, et potentiellement de continuer ses achats de titres au-delĂ  de septembre, selon certains analystes qui n’entrevoient pas de mouvement sur les taux avant mi-2019. Enfin, la force de l’emploi aux Etats-Unis est sans prĂ©cĂ©dent depuis ces trente derniĂšres annĂ©es, et continue de s’amĂ©liore en Europe.

Que penser du contexte actuel ? AllĂ©ger un peu de risque pour mieux apprĂ©hender l’étĂ©, car 


La volatilitĂ© est clairement de retour, principalement parce que les intervenants sur tous les marchĂ©s sont nerveux, soit Ă  cause des hauts niveaux de certains marchĂ©s actions, ou des possibles hausses de taux pour d’autres marchĂ©s obligataires, soit Ă  cause du retour du risque politique. Le mois de mai en aura Ă©tĂ© un bon exemple avec l’Italie comme principal vecteur de stress des marchĂ©s actions et obligataires. MĂȘme si le problĂšme initial a rapidement Ă©tĂ© rĂ©solu, il n’empĂȘche que nous n’avons pas fini d’entendre parler des dĂ©cisions et des actions de ce nouveau gouvernement, qui nĂ©anmoins, a reçu un message clair et prĂ©cis des marchĂ©s. Les marchĂ©s actions europĂ©ens avaient Ă©tĂ© refroidis par la publication d’une statistique d’activitĂ© de l’économie europĂ©enne (PMI) le 23 mai, et l’annonce du refus du gouvernement par le prĂ©sident Italien a fortement accentuĂ© l’impact non seulement sur le marchĂ© action Italien, mais aussi sur les autres marchĂ©s actions de la zone euro et en dehors. Cette annonce a aussi eu un fort impact sur la dette italienne, poussant les taux italiens en sĂ©ance du 29 mai au-delĂ  de 3,3% alors qu’en mĂȘme temps, le taux 10 ans allemand baissait jusqu’à 0,2%.

L’écart de la dette italienne avec la dette allemande s’est resserrĂ© depuis la nomination du nouveau gouvernement, mais reste sur des niveaux Ă©levĂ©s Ă  220 points de base, contre un pic supĂ©rieur Ă  300 comme nous le mentionnions ci-avant. Pour mĂ©moire, l’écart entre le 10 ans Espagnol et le 10 ans allemand est de 94 points de base et celui du 10 ans portugais de 135 points de base. Pour le moment, il semble que la solution choisie par l’Italie Ă©carte de nouvelles Ă©lections et Ă©vite au pays un possible scĂ©nario Ă  la grecque. Quoi qu’il en soit, cet Ă©pisode a eu potentiellement un double impact important sur la plupart des fonds obligataires qui dĂ©tenaient de la dette italienne dans leurs portefeuilles, voire espagnole et/ou portugaise, et Ă©taient vendeurs du 10 ans allemand, français ou amĂ©ricain pour se protĂ©ger de la hausse des taux. En effet, les obligations d’états redeviennent valeur refuge en pĂ©riode de stress. Nous pensons qu’il ne faut pas sortir de ce type de fonds Ă  prĂ©sent, car la plupart de ces stratĂ©gies, sont amenĂ©es Ă  se normaliser rapidement, au fur et Ă  mesure que le stress redescendra, et la plupart des gĂ©rants ont logiquement tenu les positions, voire les ont renforcĂ©es dans les bas.

Que penser du contexte actuel ?  
  la volatilitĂ© ne devrait pas prendre de vacances cette annĂ©e.

Les marchĂ©s actions europĂ©ens que nous attendions en hausse sur le mois finissent nĂ©gatifs, alors qu’ils avaient continuĂ© leur rebond initiĂ© en avril jusqu’au 21 mai. Les marchĂ©s actions europĂ©ens, ont retracĂ© de 50% leur dernier mouvement de hausse pour l’eurostoxx50 et de 38.2% pour le CAC entre le 21 mai et la fin mai, avant d’entamer un nouveau rebond. Nous pensons qu’il faut profiter de ce rebond pour rĂ©duire un peu la voilure sur les marchĂ©s actions, afin de baisser le niveau de risque de l’ensemble des portefeuilles, d’autant plus Ă  l’approche de l’étĂ©. Ceci permettra de pouvoir, en cas de nouvelle panique sur les marchĂ©s actions, d’avoir des disponibilitĂ©s pour profiter justement de ces moments, si on les juge excessifs. Nous ne pensons pas qu’un krach sur les marchĂ©s actions puisse se produire, mais le risque actuel sur les marchĂ©s europĂ©ens, est un possible retour vers les plus bas vus en fĂ©vrier/mars 2018.

Nous sommes toujours confiants dans les fondamentaux de l’Ă©conomie actuelle, mĂȘme s’il faut constater pour le moment, une lĂ©gĂšre dĂ©gradation par rapport Ă  la fin de l’annĂ©e derniĂšre en Europe. Toutefois, nous ne pensons pas que ce qui se passe en ce moment soit un dĂ©but de retournement de cycle. A titre d’exemple, les fondamentaux italiens sont plutĂŽt bons, mais il est vrai que la situation politique pourrait ruiner les possibles bienfaits de la situation Ă©conomique. En revanche, une autre raison de notre volontĂ© d’allĂ©ger les actions, est que nous pensons que mĂȘme si nous sommes maintenant habituĂ©s aux atermoiements de Trump, le caractĂšre du prĂ©sident amĂ©ricain trop volatil sur des dĂ©cisions importantes, comme les nĂ©gociations commerciales par exemple, apporte un stress supplĂ©mentaire aux marchĂ©s qui n’est pas sain. Sa stratĂ©gie est certes tactique, mais aussi stratĂ©gique, dans un pur but politicien de mi-mandat, et nous n’avons de cesse de rĂ©pĂ©ter que politique et finance ne sont pas souvent compatibles.

Que penser du contexte actuel ? Politique et incohérence dans un environnement économique sain 

La volatilitĂ© risque d’ĂȘtre encore forte Ă  court terme, mais Ă  moyen terme, nous continuons de penser que pour le moment, les rĂ©sultats des entreprises ne seront pas impactĂ©s par les prĂ©occupations actuelles de court terme. Aussi, si les marchĂ©s venaient Ă  accĂ©lĂ©rer leur baisse, les actions redeviendraient mĂ©caniquement le placement le plus rentable, d’autant plus avec des taux qui risquent de continuer Ă  se maintenir bas.

En ce qui concerne les taux en Europe, nous pensons que les investisseurs sont en train d’écarter tout scĂ©nario de stress sur un possible resserrement de la politique de la BCE quand son programme de rachat prendra fin en septembre. En effet, avec une croissance europĂ©enne qui faiblie un peu, et l’inflation qui ne progresse pas en Europe, il y a peu de chance que les taux europĂ©ens ne remontent en septembre. De fait, le consensus pense que cela pourrait arriver plutĂŽt mi-2019, mais nous en sommes encore loin. Aussi, mĂȘme si dans les faits, la politique de rachat de la BCE sera moins accommodante aprĂšs septembre, elle continuera Ă  l’ĂȘtre dans ses discours.

A propos de la guerre commerciale qu’est en train de commencer Trump, nous ne comprenons pas vraiment les raisons de ce durcissement. En effet, nous pensons qu’elle est plus motivĂ©e pour cause d’ambition politicienne de mi-mandat que pour arranger le pays. En effet, avec un taux de « plein emploi », les USA vont avoir des soucis Ă  augmenter les capacitĂ©s de productions nĂ©cessaires pour contrecarrer les effets des taxes Ă  l’import. Par ailleurs, la plupart des contre-mesures en rĂ©torsion Ă  ces taxes visent plutĂŽt les produits agricoles US, base de l’électorat de Trump. Aussi, nous ne comprenons pas cette contradiction, et cela incite donc Ă  plus de retenue.

Pour le moment, les fondamentaux de l’économie ne sont pas impactĂ©s, certaines nouvelles, attendues ou pas crĂ©ent du stress dans des marchĂ©s nerveux qui plongent rapidement sans rĂ©flĂ©chir et tardent Ă  se reprendre une fois qu’ils ont rĂ©alisĂ© que le risque encouru n’était pas Ă  la hauteur de la correction infligĂ©e. Avec une baisse de volume en Ă©tĂ©, ce phĂ©nomĂšne peut s’amplifier aussi bien Ă  la baisse qu’à la hausse, d’oĂč la raison pour laquelle il faut conserver une exposition raisonnable aux actifs risquĂ©s, et non plus maximale.

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